Journal de Millau – 22/10/2025

Un peintre millavois au Salon d’Automne de Paris

Antoine Dubruel et ses « paysages mentalisés »

Mascheratta, 1.30 m x 0.90 m, huile sur toile, 2024
Antoine Dubruel, artiste peintre de la scène millavoise

Antoine Dubruel est un artiste connu de la scène millavoise, ville de cœur qui l’a conduit depuis plus d’une dizaine d’années à montrer son travail pictural notamment à Millau, dans de nombreuses expositions, que ce soit à la Galerie A Capell’Art, au Salon des Arts, à la Salle Costantini, au Pavillon du Jardin de la Mairie ou bien encore dans l’Orangerie du château de Sambucy en 2024 lors des Journées européennes du Patrimoine. Citons aussi il y a peu, l’exposition du musée « Autochtonies » qui présentait trois de ses tableaux. « Né à Bordeaux, je suis à l’origine un homme de la mer mais je retrouve dans les paysages des Causses, des Gorges du Tarn ou bien encore des Cévennes aveyronnaises, où se trouve mon atelier, cette force de la nature qui nourrit et végétalise chaque jour un peu plus mes toiles ». D’autres expositions l’ont mené à Carcassonne, Mirepoix, Gordes ou bien encore Paris où il a pu, à ses débuts déjà en 2012, exposer dans le XVème, à la Galerie Monod. Et c’est à nouveau le chemin de la Capitale qu’Antoine Dubruel reprend à l’occasion du 122ème Salon d’Automne qui se déroulera prochainement, fin octobre, place de la Concorde. « C’est un honneur pour moi d’avoir été sélectionné par le Jury et de marcher sur les pas de grands noms de la peinture. Le « métier » de peintre n’est pas un métier comme les autres et demande, au quotidien, beaucoup de travail et de sacrifices en termes d’endurance et de capacité à s’extraire du monde, surtout au vu d’une actualité souvent morose et galopante. La scène artistique contemporaine fourmille de propositions notamment en province, néanmoins, je sais que Paris demeure, comme cela était déjà le cas au XIXe siècle, un véritable tremplin pour les peintres. L’occasion pour moi de côtoyer d’autres artistes, d’échanger avec des professionnels français et étrangers et de montrer que le motif classique du paysage peut encore et toujours être renouvelé. En effet, les paysages « mentalisés » que je crée donnent à voir des lieux pouvant être reconnaissables pour les millavois, ou les habitants d’Occitanie toutefois, ils n’existent que dans mon esprit et se veulent universels, parlant ainsi, différemment, à chaque spectateur ».

Le Salon d’Automne, une histoire artistique « scandaleuse » et qui dure !

Lorsque l’on parle du Salon d’Automne, chacun garde en tête la fameuse formule chère aux Fauvistes du XIXème « C’est Donatello parmi les fauves » ! En effet, la création du premier Salon date de 1903. Nous sommes alors dans la « Ville Lumière », au sous-sol du Petit-palais où un petit groupe d’amis, amateurs d’art, et épris de nouveauté, décide, au côté de Frantz Jourdain, architecte et esthète, de bousculer les codes et les carcans de la peinture académique louée par la bourgeoisie dans les Salons officiels. En 1904, le Salon d’Automne expose ses artistes cette fois à l’intérieur du Grand Palais, sous l’immense coupole de verre, avec pour volonté de représenter tous les arts, sans hiérarchie, dont la sculpture, la littérature et la musique. C’est un immense succès ! Or, l’année suivante, le succès revêt des airs de scandale. Emile Loubet, Président de la République, refuse tout simplement d’inaugurer la salle n°7 où se trouve le petit buste de Donatello, entouré des toiles des « fauves » dont font partie Vlaminck, Camoin, Derain, Marquet ou bien encore Matisse. Malgré des critiques virulentes, la 7ème salle ne désemplit pas et le public en redemande !
2025 marque sa 122ème édition. « Je suis heureux de marcher sur les pas de peintres qui ont su faire de la liberté un principe essentiel à leur création et ce, malgré les difficultés car la vie de bohème est souvent bien plus poétique dans les livres d’art que dans la vie réelle… Les Fauves peignaient avec des couleurs franches et vives, ce que j’aime aussi faire en façonnant la matière, tout en mettant à distance le principe même d’imitation de la réalité. Héritiers de Van Gogh ou de Gauguin, ils ouvriront la voie à d’autres grands noms de peintres qui y participeront ensuite et marqueront durablement le paysage français et international tels que Cézanne, Picasso, Dali ou bien encore Zao Wou ki pour n’en citer que quelques-uns ».

copyright Gilles Bertrand
Faire de ses « paysages mentalisés » une peinture novatrice basée sur les techniques des Anciens

« Après une Licence de Droit International Public, j’ai souhaité entamer des études d’art plus proches de mes aspirations. La projection du tableau de Van Gogh, Semeur au soleil couchant fut pour moi une véritable révélation. Je choisissais donc la peinture et rien d’autre. Jetant un regard attentif sur les Å“uvres des maîtres anciens comme sur les évolutions les plus récentes de la peinture, j’ai alors développé peu à peu une écriture personnelle sur laquelle se dessinent des motifs récurrents (montagnes, eau, astres) quoique toujours singuliers que j’appelle « paysages mentalisés » et qui font aujourd’hui ma signature. Ma démarche oscille entre tradition – je broie les pigments de couleurs mélangés à des huiles à la manière des Anciens – et innovation quant au traitement des sujets. En effet, si je fais, dans le processus final de ma composition, le choix exclusif de l’huile, c’est que je trouve dans cette matière et ses possibilités infinies, le parfait médium pour exprimer la lumière qui émerge de mes compositions selon les saisons et ce que je souhaite exprimer. Les tableaux deviennent alors le fruit d’une lente maturation intellectuelle et sensorielle. Processus de création se déroulant sur plusieurs mois.
Après avoir longtemps porté sur le motif du corps, peu à peu désarticulé, mes créations s’orientent désormais du côté de paysages que je recrée par l’esprit. Je réalise au préalable une première œuvre au dessin, dans une technique mixte, parfois sur le motif, puis vient l’encre de Chine qui s’étend tel le « négatif » de la toile finale. La troisième phase de travail fait émerger la composition ultime en portant un soin particulier au traitement de la perspective dite « naturelle ». Le fil conducteur créatif se conjugue alors entre la ligne et la couleur, la forme du détail et l’ensemble coloré et très matiériste du tableau final. La formule que j’utilise de « paysages mentalisés », est née de ma volonté de re-présenter l’espace en reconstituant « mentalement » et sans aucun support, si ce n’est mon esprit, la perspective.
Paysages rêvés, disparus, d’un « avant » ou d’un « après » humanité ? Lieux où les humains sont dès lors absents même si quelques silhouettes peuvent parfois suggérer leur présence. Sensible également aux enjeux climatiques actuels, je souhaite donner à voir des motifs issus de la nature, environnement essentiel, et souvent liés aux quatre éléments. Les réactions du public, surpris, bousculé ou ému, m’intéressent. Elles nourrissent au quotidien mon travail pictural. De la couleur et de la matière avant toute chose, « Expressionniste » beaucoup diront. Certes, dans l’expressivité du geste et l’éclat des couleurs, toutefois, je ne suis ni modèle ni tendance artistiques, l’essentiel du sujet demeurant, au final, la peinture elle-même ».
Parmi 1000 artistes sélectionnés et 48 nationalités représentées, Antoine Dubruel exposera son travail dans la section « Variations » dite des « peintres inclassables » avec pour but de montrer la liberté comme principe fondateur et de donner à voir des tendances picturales novatrices.
Avis donc aux amateurs de peinture ! Et pour ceux qui ne pourraient se déplacer à la Capitale, l’exposition virtuelle est visible sur le site du Salon.

Salon d’Automne
du mercredi 29 octobre au dimanche 2 novembre 2025

https://www.salon-automne.com/fr

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Elida Fabre – article retranscrit dans son intégralité –