Michel Foucault Ă©crit, point d’orgue de son cheminement structuraliste, Les Mots et les choses. Les mots, les signes du langage donnent l’Ăªtre, l’essence de l’objet…du sujet. Le chapitre introductif, magistral et paradoxal, se glisse dans Les MĂ©nines de Velasquez pour en faire une description absorbĂ©e et rhĂ©torique : une analyse de la reprĂ©sentation et son abyme. Le chef-d’oeuvre de Velasquez le permet encore…La peinture s’Ă©loigne pourtant inexorablement du rivage charnel, concret de la reprĂ©sentation et de son corollaire : les mots. La lumière, impression dĂ©sintĂ©ressĂ©e de Turner, les grands impressionnistes perdus dans leurs paysages mouchetĂ©s, le maĂ®tre Van Gogh, fou arqueboutĂ© sur quelques tournesols fanĂ©s font frĂ©mir les chiens de garde de l’acadĂ©misme et de son discours rassurant. Apollinaire, en 1907, rĂ©sume ce divorce, impuissant face aux Demoiselles d’Avignon de Pablo Picasso, s’exclamant « les mots me manquent ». Au XXème siècle, la conclusion de ce mouvement est fracassante : art abstrait, expĂ©riences minimalistes. L’allĂ©gorie de la reprĂ©sentation des MĂ©nines semble bien loin. Le langage et la peinture vivent dĂ©sormais leur vie propre dans une post-modernitĂ© calme et pĂ©renne. L’art conceptuel, l’hyperrĂ©alisme et leur regard sur la sociĂ©tĂ© contemporaine transforment le discours en matière, en couleur. Avant-garde? Peut-Ăªtre…
OĂ¹ se situe le rapport entre peinture et langage ? Peut-on exprimer la peinture ? Federico Garcia Lorca, RenĂ© Char, dans leur poĂ©sie matiĂ©riste, visuelle, loin de la rhĂ©torique se sont approchĂ©s de la peinture et de son essence. Les signes poĂ©tiques, entre matière et vision, expriment une rĂ©alitĂ© proche de la rĂ©alitĂ© peinte. Apollinaire, critique d’art, avait oubliĂ© le poète.
Antoine Dubruel, 2008

Alegoria, 2007